Guerre en Iran : l’Europe au bord d’une nouvelle crise énergétique et économique ?

Alors que la guerre en Iran se poursuit, l’Europe se retrouve de nouveau exposée à des tensions sur l’approvisionnement en gaz. Le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran ralentit fortement les échanges commerciaux, notamment entre l’Asie et l’Europe.

Il est encore beaucoup trop tôt pour parler de crise économique, mais l’engrenage d’un choc énergétique se profile, avec le risque de provoquer des effets dits ‘stagflationnistes’ (une combinaison d’inflation et de stagnation économique)

– LeMonde

Depuis lundi 2 mars, “le prix du gaz en Europe a bondi de 50 %, le pétrole de 12 %, la bourse parisienne a reculé de 4,7 %“. France info ajoute que “les États doivent [désormais] payer plus cher pour emprunter sur les marchés“.

Pour Euronews, ces tensions ravivent “un redoutable fantôme que l’Union européenne pensait avoir réussi à bannir pour de bon : la crise énergétique“.

Le gaz liquéfié sous pression : un risque de concurrence accrue entre l’Europe et l’Asie

Depuis le début du conflit, le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) est particulièrement affecté. Une exploitation qatarie “a été touchée par des drones iraniens et mise à l’arrêt ce 2 mars“, rapporte France info.

Pour l’instant, l’Europe semble relativement protégée car elle “ne s’approvisionne qu’à hauteur d’environ 10 % en GNL auprès du Qatar“, souligne le Financial Times. Mais Euronews alerte :  si “la production du Qatar reste interrompue, des pays comme la Chine, la Corée du Sud, le Japon et l’Inde, principaux consommateurs de GNL qatari, n’auront d’autre choix que de se tourner vers les États-Unis à la recherche d’un substitut“.

Or, depuis la guerre en Ukraine, “l’UE a diversifié ses approvisionnements et ne dépend plus du gaz russe, important plutôt des quantités beaucoup plus importantes de gaz américain“, rappelle le Financial Times. “Uneconcurrence accrue pour le GNL produit aux États-Unis opposerait l’Europe à l’Asie dans une course effrénée et ferait grimper les prix à des niveaux imprévisibles“, analyse Euronews.

Les tensions sur les prix risquent de s’amplifier“, écrit Le Figaro, et “‘si le conflit se prolonge, le gaz européen pourrait monter à 150 euros par MWh dans six mois, envisage l’économiste et professeur à Sciences Po Thierry Bros“. “Les dirigeants européens sont déjà en état d’alerte. Rob Jetten, le nouveau premier ministre des Pays-Bas, a déclaré que son gouvernement serait prêt à prendre des mesures supplémentaires ‘si nécessaire“” [Euronews].

Le risque d’une inflation généralisée

Ce qui apparait d’abord comme une crise énergétique concernant le gaz liquéfié semble glisser vers une problématique plus globale. En effet, “l’inflation pourrait augmenter considérablement et freiner la croissance économique, en particulier en Italie et en Allemagne, qui dépendent davantage des importations de GNL” [Financial Times].

Au Royaume-Uni, l’économie pourrait être particulièrement fragilisée par la guerre en Iran.  “La chancelière de l’Échiquier voulait faire valoir des signes d’amélioration de la situation. Mais l’impact de la guerre en Iran gâche sa ‘déclaration de printemps’“, indiquent Les Échos.

L’ampleur de l’impact et les implications pour l’inflation à moyen terme dépendent de l’étendue et de la durée du conflit“, résume Philip Lane, économiste en chef de la Banque centrale européenne [BFM TV].

Le blocage du détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce mondial

Le détroit d’Ormuz est au cœur des tensions. “Téhéran a assuré mercredi [4 mars] avoir le contrôle du détroit d’Ormuz, et [a] menacé de frapper tout navire empruntant cette voie maritime vitale“, rapporte Le Figaro.

Ce détroit “représente 11 % du volume du commerce maritime mondial“, rappellent Les Échos. Un blocage prolongé aura “de lourdes répercussions sur les échanges de biens et de produits, au-delà des seuls hydrocarbures“.

Le Monde souligne que le golfe Persique “est aussi le point de jonction d’une route ‘sea air’, ou ‘mer ciel’, qui relie l’Asie à l’Europe, où les marchandises sont transférées à mi-chemin depuis des bateaux vers des avions“.

Le secteur pétrolier est particulièrement exposé puisque ce point de passage “représente 34 % des exportations de pétrole par voie maritime” [Les Échos]. Une hausse généralisée des prix des produits pétroliers est donc à craindre.