L’énergie dans l’Union européenne

Chaque État est souverain sur sa politique énergétique, mais l’Union européenne agit pour sécuriser l’approvisionnement du continent et maintenir des prix accessibles. Elle s’engage aussi à réduire les émissions de gaz à effet de serre, alors que près de 70 % de l’énergie disponible dans l’UE est d’origine fossile.

L’Union européenne est gourmande en énergie. Elle en est le troisième plus gros consommateur du monde en volume, derrière la Chine et les États-Unis. En 2023, l’UE représentait 9,1 % de la consommation énergétique primaire mondiale, contre 23,6 % pour la Chine et 15,2 % pour les États-Unis. Une situation qui s’explique par le nombre d’habitants comme par le niveau de développement économique et industriel. La consommation énergétique primaire de l’Union européenne – l’ensemble de l’énergie utilisée pour être transformée – s’est ainsi élevée à 1 207,5 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) en 2023, puis à 1 209,3 Mtep en 2024, confirmant sa baisse depuis 2021.

Énergies fossiles, nucléaire, énergies renouvelables, électricité, dépendance énergétique et volatilité des prix, Toute l’Europe fait le point sur les enjeux et l’action de l’UE en matière de politique énergétique. 

Les objectifs de la politique européenne de l’énergie

Dès les années 1950 et les premières heures de la construction européenne, l’énergie a fait partie des domaines de coopération privilégiés en Europe. Avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), entrée en vigueur en 1952, et qui visait à éviter l’émergence de nouveaux conflits armés en Europe. Puis avec la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom), entrée en vigueur en 1958 en même temps que le traité de Rome, en vue d’améliorer l’autonomie énergétique voire d’atteindre l’autosuffisance en Europe.

Plusieurs objectifs sont aujourd’hui poursuivis par l’Union européenne en matière énergétique. Ils sont formalisés par le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Parmi ceux-ci :

  • Garantir le fonctionnement du marché de l’énergie ;
  • Assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique ;
  • Promouvoir l’efficacité énergétique et les économies d’énergie ;
  • Promouvoir le développement des énergies renouvelables ;
  • Assurer l’interconnexion des réseaux énergétiques.

Compétence aujourd’hui partagée entre l’Union et les États membres, l’énergie reste un important instrument de souveraineté pour les pays de l’UE. Les traités européens protègent “le droit d’un État membre de déterminer les conditions d’exploitation de ses ressources énergétiques, son choix entre différentes sources d’énergie et la structure générale de son approvisionnement énergétique” (article 194 TFUE).

Les énergies fossiles restent dominantes dans une Union européenne en dépendance énergétique

Les énergies fossiles en tête de l’énergie disponible et de l’énergie consommée dans l’UE …

Dans l’Union européenne, 69 % de l’énergie disponible est d’origine fossile, selon les derniers chiffres en date d’Eurostat portant sur l’année 2024. Le pétrole brut et les produits pétroliers (38 %), le gaz (21 %) et les combustibles fossiles (10 %) (charbon et produits solides dérivés du charbon, tourbe et produits dérivés de la tourbe, les schistes bitumineux et sables bitumineux, ainsi que les déchets non renouvelables) dominent les sources d’énergie dans l’UE. Leur part dans le mix énergétique européen a toutefois diminué de plus de 11,4 % depuis 2000.

La part des différentes sources d’énergie dans le mix énergétique varie cependant d’un pays à l’autre. Les produits pétroliers sont prépondérants dans le bouquet énergétique de Chypre (86 %), Malte (85 %) et le Luxembourg (60 %), tandis que le gaz naturel est très important en Italie (36 %), aux Pays-Bas (31 %), en Hongrie et en Irlande (tous deux 29 %). Les combustibles solides, quant à eux, sont les plus élevés en Estonie (50 %), en Pologne (34 %) et en République tchèque (26 %).

En termes de consommation d’énergie dans l’UE, les produits pétroliers (comme le chauffage au mazout, l’essence, le carburant diesel) arrivent également en tête en 2024, représentant 37 % de consommation finale d’énergie, suivis de l’électricité (23 %), elle-même produite par les combustibles fossiles à hauteur de 28 %, et du gaz naturel et manufacturé (20 %).

… entretenant sa dépendance énergétique

La dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis du reste du monde, mesurée par la part d’importations nettes (importations moins exportations) dans la consommation globale d’énergie, reste forte en 2024 : 57 % de l’énergie disponible dans l’UE est issues des importations et 43 % de l’énergie produite par l’Union. Le pétrole et les produits pétroliers représentant 67 % des importations, suivis du gaz naturel (24 %) et des combustibles fossiles solides (4 %).

Cependant, le taux de dépendance globale varie d’un pays à l’autre, allant de 98 % à Malte, 91 % au Luxembourg, 88 % à Chypre et seulement 5 % en Estonie. Chypre (96 %), Malte (86 %), la Suède (85 %) et la Grèce (84 %) comptent principalement sur l’importation du pétrole et des produits pétroliers, quand l’Italie (37 %), le Danemark (33 %), l’Allemagne et la France (tous deux 29 %), dépendent majoritairement du gaz.

La dépendance est particulièrement forte à l’égard des États-Unis et de la Norvège. En 2024, Washington abonde l’UE en pétrole et produits pétroliers à hauteur de 16 %, suivi du voisin norvégien (12 %), du Kazakhstan (9 %), de l’Arabie saoudite (8 %), du Royaume-Uni et de la Libye (tous deux 6 %). S’agissant du gaz naturel (gaz acheminé par gazoduc et gaz naturel liquéfié (GNL)), la Norvège arrive en tête avec 30 %, suivie des États-Unis (17 %), de l’Algérie et de la Russie (14 % chacune). Enfin, les combustibles fossiles solides sont majoritairement fournis par l’Australie, à hauteur de 31 %.

Une nouvelle dépendance énergétique

L’éloignement de l’Union vis-à-vis de la Russie profite aux États-Unis. Si la Norvège reste en tête, toutes importations de gaz confondues, le pays dirigé par Donald Trump est à ce jour le principal fournisseur en gaz naturel liquéfié (GNL) de l’UE.

De 2021 à 2025, l’UE a quasiment multiplié par quatre ses importations de GNL américain. Au deuxième trimestre 2025, le quart des importations de gaz – gazoduc et GNL – provenait des États-Unis. Un chiffre qui pourrait passer à 40 % d’ici 2030 (et 80 % pour le seul GNL), exposant ainsi l’UE au risque de volatilité des prix, de coûts élevés et de pressions géopolitiques.

La menace de chantage énergétique n’est effectivement pas irréaliste, avec un président des États-Unis guidé par une approche transactionnelle des relations internationales. D’autant que le droit américain lui confère le pouvoir de restreindre les exportations d’énergie pour des raisons de sécurité nationale. 

L’UE encore tributaire de Moscou

Consécutivement à l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, la Commission européenne a présenté en mai 2022 le plan “RePowerEU” afin de se passer des énergies fossiles en provenance de Russie d’ici à 2027. Depuis 2022, les Européens ont déjà considérablement réduit leurs importations venant de leur grande voisine de l’Est. En janvier 2026, le Conseil de l’UE a donné son feu vert définitif à une interdiction des importations de gaz russe, à partir du début de l’année 2027 pour les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) et à partir de l’automne 2027 pour les importations de gaz par gazoduc.

L’UE a ainsi drastiquement réduit ses besoins en gaz et pétrole russes, passant de 45 % d’importations de gaz russe en 2021 à 13 % en 2025 et de 27 % d’importation de pétrole à moins de 3 % sur ces mêmes années. Toutefois, les Vingt-Sept restent encore tributaires de Moscou s’agissant du gaz. La Russie figure en effet à la quatrième place des pays tiers importateurs de gaz au second trimestre 2025, contribuant à hauteur de 12 %. 

Par ailleurs, les importations d’énergies fossiles russes continuent de manière indirecte. Si les Européens se sont notamment tournés vers l’Azerbaïdjan pour leur approvisionnement, une partie du gaz que l’UE fait venir depuis ce pays du Caucase provient de Russie. De même pour le pétrole. Le terminal turc de Dörtyol envoie par exemple à ses voisins européens du diesel ou du kérosène issus du pétrole russe. De son côté, l’Inde aussi a augmenté ses importations venues de Russie. Le pétrole y est raffiné avant d’être expédié vers l’Europe, qui a vu bondir de 115 % le nombre de barils indiens entre 2022 et 2023.

Le retour du nucléaire dans une UE en quête d’indépendance énergétique et de neutralité carbone

Une production d’énergie en hausse …

En 2024, le nucléaire représente 12 % du mix énergétique européen, se plaçant en troisième position derrière les énergies fossiles et renouvelables. Parmi les énergies produites par l’Union européenne, il arrive en deuxième position (28 %) après les énergies renouvelables. Sur les 27 États membres, 12 produisent de l’électricité d’origine nucléaire : la Belgique, la Bulgarie, l’Espagne, la Finlande, la France, la Hongrie, les Pays-Bas, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède. La France, la Slovaquie et la Belgique sont les pays de l’Union les plus dépendants de l’énergie issue de la fission des atomes d’uranium (respectivement 71 %, 67 %, et 56 % de l’électricité totale produite dans chacun de ces pays).

La production d’énergie nucléaire dans l’UE a augmenté de 4,8 % en 2024 par rapport à 2023. Il s’agit de la deuxième année consécutive de hausse depuis la baisse enregistrée en 2022. Les centrales nucléaires ont ainsi représenté 23,3 % de la production totale d’électricité dans l’UE. La production française est de loin la plus importante, contribuant à 58,6 % de l’électricité nucléaire produite dans l’Union. Suivent ensuite l’Espagne (8,4 %), la Suède (7,8 %) et la Finlande (5 %). L’Allemagne était le deuxième plus grand producteur de l’UE jusqu’en 2021, avant que le pays ne mette fin à sa production nucléaire en avril 2023.

… dans une UE en recherche d’indépendance et de neutralité climatique

Après avoir connu un net recul à la suite des catastrophes de Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011), le nucléaire redevient un enjeu clé pour une Europe en quête d’indépendance énergétique et de neutralité carbone. Exemple représentatif de ce regain d’intérêt : la Belgique, qui après 22 ans de politique antinucléaire, a abrogé, le 15 mai 2025 la loi de 2003 qui prévoyait à terme la sortie du nucléaire.

L’énergie nucléaire est une solution de substitution à faible intensité de carbone aux combustibles fossiles“, écrit le Parlement européen. La politique énergétique de l’Union a pris un tournant significatif avec l’intégration du nucléaire au sein de la taxonomie européenne depuis le 1er janvier 2023. Ce cadre réglementaire classe désormais l’énergie nucléaire parmi les investissements considérés comme “durables”, sous certaines conditions strictes liées notamment à la gestion des déchets et au démantèlement des installations.

Le Net-Zero Industry Act (NZIA), adopté en 2024, va même plus loin, reconnaissant officiellement le nucléaire comme technologie “stratégique” pour l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Dans le cadre de son huitième Programme indicatif nucléaire (PINC), un document stratégique datant de juin 2025 évaluant les besoins d’investissement dans le secteur nucléaire d’ici 2050, la Commission européenne chiffre à plus de 240 milliards d’euros d’ici 2050 les efforts nécessaires dans le nucléaire. D’ailleurs, dans son nouveau cadre financier pluriannuel 2028-2034, toujours en discussion, l’exécutif européen prévoit une enveloppe de près de 10 milliards d’euros pour cette énergie.

Lors du sommet international sur la relance du nucléaire civil, organisé le 10 mars 2026 par la France avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la présidente de la Commission européenne a même déclaré que l’éloignement de l’UE vis-à-vis du nucléaire, qualifié de “source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions“, était “une erreur stratégique de l’Europe“.

Le même jour, l’exécutif européen présentait un nouveau paquet énergie dans un contexte de flambée des prix du gaz et du pétrole consécutive au blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran suite aux frappes américaines et israéliennes. Parmi les mesures du paquet, la stratégie pour les petits réacteurs modulaires vise à aider les États membres à déployer les premiers réacteurs électrogènes modulaires de génération avancée (ERMG) – petits réacteurs nucléaires – d’ici le début des années 2030. Ce soutien passera par une garantie européenne de 200 millions d’euros pour stimuler les investissements privés dans les technologies nucléaires innovantes. 

Mais ce regain d’intérêt se heurte à des défis techniques, politiques et environnementaux. Réacteurs vieillissants, opinions publiques européennes réticentes face à ce type de production, question des déchets radioactifs… Autant d’inquiétudes contrebalançant les espoirs cristallisés par le nucléaire.

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe

Objectifs environnementaux de l’Union européenne

À l’heure actuelle, les trois quarts des émissions européennes de gaz à effet de serre proviennent de la production et de la consommation d’énergie. Le reste est provoqué par l’agriculture, les procédés industriels et solvants, ou encore les déchets.

Parmi les buts de la politique énergétique européenne, la lutte contre le changement climatique figure aujourd’hui en bonne place. Avec son Pacte vert pour l’Europe lancé en 2019, la Commission européenne a souhaité rehausser les ambitions environnementales de l’UE. Ce dernier, via la loi européenne sur le climat adoptée en juin 2021, vise la neutralité climatique à l’horizon 2050 au sein de l’UE, ainsi que la cible intermédiaire d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Deux nouveaux objectifs intermédiaires ont été fixés en novembre 2025 : la réduction des émissions entre 66,25 % et 72,5 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2035 et de 90 % à l’horizon 2040, assortie de certaines flexibilités.

La neutralité climatique signifie que la totalité des émissions de gaz à effet de serre, qu’il s’agit de réduire considérablement, doit être captée ou absorbée par les forêts, les sols ou encore les océans, qu’on appelle “puits de carbone”.

Afin d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, l’UE a décliné des objectifs sur le pan de l’énergie. En matière d’efficacité énergétique, l’Union entend réduire la consommation finale d’énergie d’au moins 11,7 % en 2030 par rapport aux prévisions établies en 2020. S’agissant des énergies renouvelables (EnR), telles que l’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique, l’énergie marine et géothermique, celle issue de la biomasse, ou encore les biocombustibles, l’ambition fixée par la directive de novembre 2023 est d’atteindre au moins 42,5 % de ces énergies, voire 45 % pour les États membres qui le souhaitent, dans le mix énergétique européen d’ici 2030.

Les énergies renouvelables, deuxièmes du mix énergétique européen

Pourtant, l’Union en est encore loin. 20 % de l’énergie disponible en 2024 dans l’UE est d’origine renouvelable, les EnR arrivant ainsi derrière les énergies fossiles mais avant le nucléaire. C’est en Suède (48 %), en Lettonie (46 %) et au Danemark (43 %) que la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique national est la plus élevée.

Toutefois, parmi les énergies produites sur le sol de l’Union européenne, les énergies renouvelables arrivent en tête, représentant 48 % de la production totale d’énergie de l’UE, devançant le nucléaire (28 %) et les énergies fossiles (23 %, tous types d’énergie fossile confondus). La situation varie au sein de chaque État. L’énergie produite à Malte résulte exclusivement des énergies renouvelables (100 %), suivi de la Lettonie (99%), du Portugal (98%) et de Chypre (96%). Dans 17 autres pays de l’UE, celles-ci représentent au moins la moitié de leur production d’énergie.

S’agissant particulièrement de la production d’électricité, le renouvelable dépasse les fossiles en 2024 : l’électricité provient à 48 % des énergies renouvelables (éolien 17 %, hydraulique 13 %, solaire 11 % et biocarburants 6 %) et à 28 % des énergies fossiles. Pour la première fois en 2025, l’éolien et le solaire ont même dépassé les énergies fossiles dans la production d’électricité dans l’UE : 30 % de l’électricité ont été produits par les panneaux solaires et les éoliennes, contre 29 % par les énergies fossiles.

Progression du renouvelable dans la consommation d’énergie européenne 

Si les énergies renouvelables prennent la tête des énergies produites par l’UE, elles progressent également dans la consommation d’énergie à l’échelle de l’Union. Bien que la part des énergies fossiles dans la consommation énergétique reste prépondérantes (59 % répartis entre 37 % pour le pétrole et les produits pétroliers, 20 % pour le gaz et 2 % pour le charbon), les EnR représentent en 2024 plus de 25 % de la consommation finale d’énergie dans l’UE. Elles comptaient pour 10 % seulement en 2004.

Là encore les pays de l’UE sont à des niveaux sensiblement différents. La Suède a enregistré la part la plus élevée de sa consommation finale brute d’énergie provenant de sources renouvelables (62,8 %), suivie de la Finlande (52,1 %), toutes deux s’appuyant principalement sur la biomasse solide, l’hydroélectricité et l’énergie éolienne. Le Danemark arrive en troisième position avec 46,8 %, la plupart de ses énergies renouvelables provenant de la biomasse solide, de l’énergie éolienne et du biogaz. Quant aux parts les plus faibles d’énergies renouvelables, elles ont été enregistrées en Belgique (14,3 %), au Luxembourg (14,7 %) et en Irlande (16,1 %).

Une évolution permise par de nombreuses initiatives européennes 

Si le plan REPowerEU a pour objectif de sortir de la dépendance aux énergies fossiles russes, il vise concomitamment à développer les énergies renouvelables, en encourageant notamment les investissements massifs dans ces dernières. Depuis 2022, l’UE a ainsi accru sa production d’EnR en atteignant un record de 406 gigawatt (GW) de nouvelle capacité d’énergie solaire installée et en augmentant la capacité éolienne de 234 GW.

Sur le plan industriel, la Commission européenne a présenté, en février 2023 son plan industriel du pacte vert, destiné à soutenir l’industrie dans le cadre de la transition écologique. Ce dernier est composé de deux règlements majeurs : le règlement pour une industrie à zéro émission nette (“Net-Zero Industry Act”), entré en vigueur en juin 2024 et le règlement sur les matières premières critiques, en vigueur depuis mai 2024. Le premier vise à faciliter le déploiement des secteurs “verts” et l’accès aux marchés publics pour les technologies européennes ; le second entend assurer l’accès des industriels européens à des matières premières essentielles aux technologies clés, à l’image des terres rares ou du cobalt dont l’Europe est très dépendante. Il fixe des objectifs d’approvisionnement à atteindre à l’horizon 2030 : l’extraction de matières premières dans l’UE doit permettre de produire 10 % des besoins annuels de l’Union, la transformation 40 % et le recyclage 25 %.

Le pacte pour une industrie propre, présenté début 2025, poursuit l’action de l’UE dans ce secteur, l’objectif étant de faire de la décarbonation un levier de compétitivité. Il s’agit à la fois d’aider les industries “à forte intensité énergétique” à décarboner et de soutenir le secteur des technologies propres.

Afin d’atteindre les objectifs du Pacte vert, de nombreuses stratégies sectorielles ont également été mises en place. Depuis 2020, l’UE mène une stratégie pour l’éolien en mer (offshore) dont l’objectif est d’atteindre une production d’au moins 300 GW d’ici 2050. Elle a également adopté en mai 2022 sa stratégie solaire qui vise au moins 600 GW d’énergie solaire photovoltaïque d’ici à 2030. L’Union investit aussi dans l’hydrogène décarboné, avec sa nouvelle “Banque européenne de l’hydrogène” lancée en 2022.

Malgré ces avancées notables, le développement de nouveaux projets reste freiné par des obstacles structurels. Constatant que la longueur des procédures administratives peut ralentir le déploiement des énergies renouvelables, les États membres ont adopté fin d’année 2022 un règlement pour accélérer la procédure d’octroi des permis pour les projets renouvelables. En mai 2025, le commissaire européen à l’Énergie et au Logement, Dan Jørgensen, jugait “totalement inacceptable” les délais actuels pour obtenir l’autorisation de lancer des projets d’énergies renouvelables. “Aujourd’hui, c’est sept ou dix ans, voire plus d’une décennie. Cela doit changer fondamentalement” pour s’en tenir à un délai de six mois maximum, estime le commissaire européen.

La question des investissements est centrale dans le développement des énergies renouvelables. C’est pourquoi la Commission européenne a présenté le 10 mars 2026 sa stratégie d’investissement dans l’énergie propre. L’objectif est de combler le fossé entre les capitaux privés disponibles et les investissements nécessaires pour les réseaux, les technologies innovantes et l’efficacité énergétique. L’exécutif européen entend atteindre 660 milliards d’euros par an d’investissement jusqu’en 2030, puis 695 milliards d’euros annuels au cours de la décennie suivante. La Banque européenne d’investissement (BEI) participera à hauteur de 75 milliards d’euros de financement dans les trois prochaines années.

Une UE en quête de solutions face à la volatilité des prix de l’énergie

Les transports représentent le premier consommateur final d’énergie. En 2024, 31 % de la consommation d’énergie dans l’UE était attribuée à ce secteur qu’il soit ferroviaire, routier ou aéronautique. Le transport routier constitue toutefois la quasi-totalité de la part.

La consommation de ce secteur dépasse celle des ménages (27 % ; le chauffage représentant deux tiers de cette part), de l’industrie (25 % ; en particulier la chimie et la pétrochimie), des services commerciaux et publics (13 % ; en particulier le commerce de gros et de détail) et enfin de l’agriculture, la foresterie et la pêche (3%).

Au regard de ces chiffres et de la flambée des prix de l’énergie, notamment lors de crises internationales comme en Ukraine ou au Moyen-Orient, la question de l’accès à l’énergie constitue un défi majeur pour les Européens.

Quelles que soient les mesures, aussi longtemps que nous importerons un volume important de combustibles fossiles de régions instables, nous resterons dépendants et vulnérables. Et cette énergie se paie toujours très cher“, a ainsi déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 11 mars 2026.

Sur les dix premiers jours de conflit au Moyen-Orient, les prix du gaz ont augmenté de 50 % et ceux du pétrole de 27 %, coûtant ainsi 3 milliards d’euros supplémentaires en importations d’énergies fossiles. “Nous devons chercher tous les moyens de réduire les factures énergétiques de nos citoyens“, a affirmé la cheffe de l’exécutif européen.

Zoom sur l’électricité

S’agissant plus précisément de l’électricité, le coût de l’énergie en moyenne dans l’UE représente plus de 56 % de la facture, les frais de réseau 18 %, les taxes nationales 15 %, et le coût du carbone via le système de quotas échangeables de CO2 dit ETS, 11 %.

Sur le marché européen, le prix de gros dépend de la dernière centrale appelée pour produire de l’électricité, et il s’agit souvent des centrales à gaz lorsqu’il y a un pic de consommation. Ainsi, le prix du gaz déterminant celui de l’électricité, la présidente de la Commission européenne a annoncé en mars 2026 envisager une meilleure gestion des accords d’approvisionnement, mais également des mesures d’aide publique et un plafonnement du prix du gaz. Mais selon Simone Tagliapietra, analyste du think tank Bruegel, “abaisser artificiellement le prix du gaz stimulerait la demande pour une ressource rare ou onéreuse, aggravant la situation et coûtant très cher aux finances publiques“.

Côté frais de réseau, Ursula von der Leyen plaide pour une amélioration de la productivité des réseaux d’électricité afin qu’ils puissent absorber davantage d’électricité renouvelable. En 2023, la Commission avait d’ailleurs présenté un plan d’action qui visait à accélérer le déploiement des réseaux électriques.

En juillet 2024 déjà, l’UE cherchait des solutions face à l’explosion des prix de l’énergie, avec l’entrée en vigueur de la réforme du marché de l’électricité de l’UE. Si les mesures ne vont pas jusqu’au “découplage” des prix de l’électricité et de ceux du gaz, l’idée consiste à privilégier des contrats de long terme, permettant d’éviter que le prix de l’électricité connaisse d’importantes fluctuations sur les marchés de gros. La réforme vise également à accélérer l’intégration d’autres sources d’énergie renouvelables dans le système énergétique.

La recherche d’une énergie abordable

Malgré les différentes mesures adoptées par l’UE, force est de constater que les ménages européens restent très vulnérables aux fluctuations des coûts de l’énergie.

Le plan d’action pour une énergie abordable, adopté en février 2025, entend adresser ce problème en poursuivant trois objectifs : garantir des prix stables et abordables, renforcer la sécurité d’approvisionnement, et sécuriser les investissements nécessaires à la transition énergétique. Pour réduire les coûts de l’énergie, le plan prévoit notamment la révision des taxes énergétiques, la fiscalité des États membres étant relativement élevée sur l’électricité.

Afin de renforcer la sécurité des approvisionnements, la Commission propose de généraliser les achats groupés de gaz, d’hydrogène et de matières premières critiques, limitant ainsi la concurrence entre les États membres et renforçant le pouvoir de négociation de l’Union. Le plan prévoit également un soutien de l’UE à ses États membres afin d’accélérer l’utilisation des énergies renouvelables et de déployer les infrastructures de réseau nécessaires.

Le paquet “Énergie pour les citoyens”, présenté par l’exécutif européen le 10 mars 2026 s’inscrit dans la ligne du précédent paquet. Afin de réduire les factures énergétiques des ménages, ce dernier invite notamment les États membres à aligner les taxes et prélèvements pesant sur l’électricité sur les minima européens (“une économie annuelle de 200 euros” en moyenne par ménage, estime le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen), à réduire les coûts de réseau et à faciliter le changement rapide de fournisseur. Il s’agit également de donner aux citoyens les moyens de produire et de partager leur propre énergie.

Une Union de l’énergie ?

Parmi les ambitions du plan pour une énergie abordable, l’achèvement d’une Union de l’énergie figure en bonne place. Cette dernière, qui s’entend par un marché de l’énergie pleinement intégré et un cadre de gouvernance cohérent au niveau européen, est “essentielle pour éviter une forte augmentation des coûts du système pouvant atteindre 103 milliards d’euros d’ici 2040 si aucune mesure n’est prise“, d’après la Commission européenne.

Ce but n’est pas nouveau. Alors que l’énergie est une compétence partagée entre l’UE et ses États membres, la constitution d’une Union de l’énergie a longtemps été l’un des enjeux historiques au niveau européen. Afin de réaliser ce projet, l’ouverture à la concurrence des marchés nationaux de l’électricité et du gaz a par exemple été réalisée progressivement à partir de 2004 pour les entreprises et collectivités, et de 2007 pour les particuliers. Des règles nationales demeurent toutefois pour favoriser certaines entreprises historiques. En parallèle, l’UE a acté la séparation des activités de production, de transport, de distribution et de fourniture d’énergie aux consommateurs : aucune entreprise ne peut désormais avoir le monopole d’un bout à l’autre de la chaîne, de la production à la consommation.

En 2015, la Commission européenne alors présidée par Jean-Claude Juncker, avait fait de cet objectif de dépasser la fragmentation des politiques énergétiques nationales, l’une de ses priorités. Le contexte était alors celui de la crise ukrainienne, de la montée des tensions entre l’Europe et la Russie, ainsi que de la guerre en Syrie. L’approvisionnement énergétique de l’UE semblait menacé et les Européens souhaitaient diversifier leurs importations d’énergie. Cinq principes commandaient cette nouvelle stratégie : garantir la sécurité énergétique, tendre vers un marché intérieur de l’énergie pleinement intégré, améliorer l’efficacité énergétique (rapport entre la quantité d’énergie consommée et la quantité d’énergie fournie), décarboner l’économie et miser sur la recherche et l’innovation.

L’harmonisation des réseaux de transport d’énergie en vue d’améliorer les interconnexions entre pays européens a également été entreprise. Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) est un programme de financement qui investit dans des infrastructures améliorant l’intégration du système énergétique et les réseaux transeuropéens. Par ce biais, l’Union européenne finance notamment des corridors énergétiques sur le continent dans le cadre de projets d’intérêt commun (PIC). De plus, depuis le 1er janvier 2020, les gestionnaires nationaux des réseaux d’électricité ont l’obligation de mettre à disposition au moins 70 % de la capacité des réseaux pour les échanges transfrontaliers. Dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034, la Commission a proposé de multiplier par cinq le budget du MIE consacré à l’énergie, qui passerait de 5,84 milliards d’euros à 29,91 milliards d’euros.

Toutefois, malgré ces avancées notables, l’UE se heurte à la difficulté plus large de parachever le marché unique européen, y compris dans le secteur de l’énergie, en raison des résistances nationales. Lors du sommet des dirigeants des Vingt-Sept sur la compétitivité européenne en février 2026, Ursula von der Leyen a donc annoncé la stratégie “Une Europe, un marché”, afin de “passer d’un marché unique incomplet à un marché pour l’Europe“. La commission se concentrera sur cinq piliers clés : la simplification de la réglementation, le marché unifié, le commerce, le numérique et l’énergie. L’exécutif européen, par la voix de sa présidente, a appelé le Conseil de l’UE et le Parlement européen à y adhérer, pour une adoption des mesures législatives avant la fin de l’année 2027. 

Les définitions pour mieux s’y retrouver

  • Énergie primaire

L’énergie disponible dans la nature. Il peut s’agir d’énergies épuisables (ou fossiles) comme le pétrole brut, le gaz naturel, le charbon, l’uranium, ou d’énergies renouvelables comme la biomasse, le rayonnement solaire, l’énergie hydraulique, l’énergie du vent, la géothermie.

  • Énergie secondaire

L’énergie obtenue par la transformation d’une énergie primaire. C’est par exemple le cas de l’électricité ou des carburants pétroliers raffinés (essence, gasoil). 

  • Énergie disponible

Elle correspond à l’approvisionnement global en énergie pour toutes les activités d’un territoire donné. Dans l’Union européenne, l’énergie disponible provient à la fois de l’énergie produite dans l’UE et de l’énergie importée de pays tiers. 

  • Énergie finale

Énergie livrée au consommateur final pour satisfaire ses besoins comme l’électricité, l’essence à la pompe… Elle se différencie de l’énergie secondaire par les pertes liées au transport de cette dernière, du site de production au site de consommation.

  • Énergie consommée

Énergie réellement consommée par les utilisateurs finaux, comme les ménages, l’industrie et l’agriculture.

  • Mix énergétique (ou bouquet énergétique)

Ensemble des sources d’énergies primaires (gaz naturel, pétrole, nucléaire, hydraulique, solaire, etc.) exploitées pour les besoins de consommation d’un territoire donné. Le mix énergétique inclut aussi bien les énergies fossiles que les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire.